L'auteur
 
 
© Jean Vilain
 
 
 

Tout ce que je vais dire sur l’Auteur pouvant être valable pour n’importe quel créateur, vous pouvez, si vous le désirer mettre Comédien, peintre,musicien, cinéaste...etc, à la place du mot Auteur et peinture,musique, image ou ce que vous voulez à la place d’écriture….Ceci étant dit revenons à notre sujet.
 
 
Le but de cette chronique est d’aider ceux qui se laisseraient tenter à critiquer un Auteur à le faire sans tomber dans les travers qui caractérisent généralement ce genre d’intervention.
 
Tout d’abord, il faut savoir que l’Auteur ( comme tout créateur) est un être fragile à la sensibilité extrême, qui éprouve le besoin irrésistible de s’exprimer par le moyen de l’écriture.
 
Il y a plusieurs sortes d’Auteurs…
 
L’Auteur honteux qui fait ses textes dans son coin, les entasse dans un tiroir quelconque et n’en parle jamais à personne….Il est évident que ce n’est pas cette catégorie d’Auteur qui fait l’objet de cette étude. ( et à vrai dire je ne vois même pas pourquoi j’en parle !)
 
L’Auteur que j’oserais qualifier « d’en voie de développement ». Cette catégorie d’Auteur est en général un jeune Auteur qui a beaucoup lu et qui se dit : « Pourquoi pas moi ! »
Il écrit un premier texte, puis un deuxième…Il se trouve littéralement génial et il les fait lire à sa copine Germaine qui bien sûr n’ose pas dire le contraire tout en pensant qu’elle ferait mieux de renouer avec son ex qui lui avait des projets sérieux puisqu’il se préparait à entrer dans la fonction publique ce qui est un poste sûr et à priori à l’abri du chômage….
 
L’Auteur en voie de développement a ceci de particulier qu’il peut soit rejoindre la catégorie des Auteurs honteux soit poursuivre son effort et rejoindre les rangs de la catégorie « Auteur en voie de reconnaissance », qui il faut bien le reconnaître est la plus nombreuse.
 
Il s’agit d’une catégorie d’Auteurs qui est composée d’individus qui s’échinent sur leur clavier depuis un certain nombres d’années…Leurs écrits (après la période inévitable de l’anonymat complet) trouvent un écho, faible mais favorable, non seulement dans un cercle d’intimes mais (et ceci en particulier grâce à Internet) touche un nombre de lecteurs qui peux atteindre quelques centaines…L’Auteur en voie de reconnaissance peut avoir publié ( soit à compte d’auteur, soit avoir été publié par une petite maison d’édition totalement inconnue)
 
C’est bien sûr de cette catégorie d’Auteurs que nous parlerons puisque je ne vois pas un Auteur publiant à des dizaines de milliers d’exemplaires vous demander des avis sur son texte….Et même si vous aviez l’outrecuidance de le lui donner, il n’en aurait strictement rien à battre puisque lui ce qu’il vise c’est le Goncourt et pas vos compliments ou votre critique à la con.
 
Avant de vous lancer à faire la moindre critique à un Auteur ne perdez jamais de vue que c’est un Créateur et que comme tel, consciemment ou non, il s’assimile au patron des Créateurs ; Dieu !
(cf Jacques Debronkaert dans la chanson « je suis comédien » :
….Je suis Roi, je suis Dieu
Mieux que ça
Je suis Comédien.)
 
J’entends déjà, vos réflexions : « Quel ego cet Auteur ! »
 
Eh bien non, l’Auteur n’as pas d’égaux, il n’a que des cons-frères qui ne lui viennent même pas à la cheville et qui eux ne se prennent pas pour de la merde…
Il faut bien vous rendre compte que s’il est acceptable de lui faire remarquer poliment qu’il n’y a pas de « s » à la fin de chevaux, il n’en va pas de même en ce qui concerne ce que vous appelez pompeusement, la grammaire, la syntaxe et que sais-je encore….Ce que vous, pauvres ignares d’universitaires que vous êtes (si toutefois vous l’êtes), considérez comme des fautes, des erreurs, c’est son style….
 
Mais qu’est-ce que vous voudriez, à la fin, qu’il écrive comme Proust, Lamartine, Hugo….Vous ne vous rendez pas compte que lui, l’Auteur il a mis des années à se débarrasser de ces modèles , qu’il a noircit des pages et des pages dont on lui a dit : « ça me fait penser à Machin »….Il en a rien à foutre de Machin, l’Auteur. Ce qu’il veut, c’est être lui…et que ce soit lui qu’on loue ( et même mieux qu’on achète !)….
 
J’en entends déjà qui pensent : « Oui, ben dans ces conditions, Z’ont qu’a parler entre Auteurs… »
Mais vous savez bien que c’est impossible….Avez-vous déjà laissé traîner vos oreilles au cours du pot qui suit une première de Théâtre ( là, je prends cet exemple parce que je n’ai jamais été dans une réunion d’écrivains…Mais je suppose que c’est la même chose pareille)
 
-Alors ?!....T’as trouvé comment ?
- Ah bien…très bien…
-…Et Moi, tu m’as trouvé bien ?
 
Et là, c’est l’horreur. Parce que si l’autre il a le malheur de répondre : « Bien, mieux que la dernière fois »…ça suppose que le dernière fois t’étais à chier. Si il réponds : « Pas terrible… » , il est sûr de se faire un ennemi de dix ans qui ne manquera pas de raconter partout les plus ignobles choses sur son compte…
 
Conclusion pas moyen de parler entre gens du métier….
 
Non, il a besoin de vous l’Auteur, il a besoin que vous lui disiez combien il est bien….C’est vrai quoi, soyez honnêtes, c’est tout ce qu’il demande !